4996229285_6b5d232cfb_o

Bill Gates se lance « seul » à l’assaut du changement climatique. Dans une interview donnée à The Atlantic, l’homme le plus riche du monde a dénoncé l’inefficacité des gouvernements à contrer le réchauffement de la planète. Il a également critiqué le secteur privé, trop égoïste pour résoudre ce problème mondial.

Le fondateur de Microsoft a annoncé qu’il allait sortir 2 milliards de dollars de sa poche pour financer les énergies propres. Il aimerait que « les gens comme lui » lui emboîtent le pas. Car selon lui, les efforts fournis par les gouvernements à l’approche de la COP21 sont le signe que le monde s’inquiète du climat, mais ils sont loin d’être suffisants.

2030 : les engagements ne seront pas atteints

Le milliardaire estime que la conférence de Paris montre une conscience internationale mais qu’elle sera largement insuffisante. « C’est une bonne chose que le monde ait des engagements. Une très bonne chose. Mais ces engagements ne représentent même pas un tiers de ce dont on a besoin. Et la plupart ne seront pas tenus ». Il déplore également que « tous les engagements les plus difficiles à tenir ont été remis à l’après 2030 ».

Assez défaitiste au sujet d’une solution rapide et efficace Gates conserve tout de même la foi en l’ingéniosité humaine. « La seule raison pour laquelle je suis optimiste est l’innovation ». Il espère ainsi que « dans les dix ans », quelqu’un invente quelque chose de révolutionnaire. Il souhaite pour cela établir un niveau « anormalement élevé » de recherche et développement, en « dehors de la course pour le profit ». Tripler le montant des fonds de recherche américains sur l’énergie propre « ne serait pas énorme à l’échelle du budget national » assure-t-il.

« Je pense que si nous ne faisons pas ça dans les 15 prochaines années, alors nous n’aurons pas à nous demander si nous allons ou non tenter l’expérience de 2 degrés. La question sera plutôt : courrons-nous le risque d’augmenter de 3 degrés ? De 4 degrés ? »

2045 : comment satisfaire les besoins en énergie ?

Le milliardaire pose la question de notre consommation d’énergie. Alors que de nombreux experts estiment que pour lutter contre le réchauffement, il nous faudra réduire drastiquement notre consommation d’énergie, il se montre assez pessimiste sur ce point. « Dans 30 ans, le monde consommera encore plus d’énergie qu’aujourd’hui, estime-t-il. Ajoutant que si nous nous en tenons aux objectifs annoncés pour le COP21, « nous continuerons à émettre chaque année encore plus de gaz à effets de serre que l’année précédente ».

Comment concilier développement et lutte contre le changement climatique ? Bill Gates finance de nombreux plans d’aides au développement et a incité à de nombreuses reprises les pays riches à débloquer plus de fonds. À condition que ces aides reviennent bien aux personnes qui vont réellement subir le changement climatique.

« Bien sûr, je crois beaucoup à l’aide internationale, mais le problème du climat doit être résolu dans les pays riches. La Chine, les États-Unis et l’Europe doivent d’abord régler leur problème d’émissions de CO2. Quand ils le feront, avec un peu de chance, ils feront baisser les coûts de l’énergie pour tout le monde ».

2050 : la responsabilité des riches

Le milliardaire s’est également montré très critique vis-à-vis du capitalisme et du libre-échange. Il pointe la responsabilité des pays riches ainsi que du secteur privé, qui aurait « largement les moyens » de contrer le réchauffement. Il estime que d’ici 2050, les pays riches – plus gros émetteurs de gaz à effet de serre (États-Unis, Chine, UE) – ne devraient plus « envoyer aucune particule de carbone dans le ciel » et abandonner les énergies fossiles.

Mais les entreprises privées représentent une « entrave » à cette transition énergétique. « Des gens comme moi, qui peuvent se permettre de prendre de grands risques avec des start-up en formation, devraient être prêts, à cause du changement climatique, à investir des milliards », a-t-il insisté. Selon lui, ils ne le font pas car contrairement au numérique ou à la santé (deux des budgets les plus importants de l’innovation américaine) « il n’y a pas d’argent à se faire ». Il engage donc les gouvernements à mettre en place « une importante taxe carbone » pour inciter les entreprises à passer aux énergies vertes.

L’homme le plus riche du monde critiquant l’égoïsme des capitalistes. Si cela génère en France des sentiments mitigés de sympathie et de scepticisme, cette interview a suffit aux États-Unis à ce que le milliardaire se « fasse traiter » de socialiste par les conservateurs. Nous ne sommes plus à une contradiction près.

Bill Gates : 2 milliards pour un « miracle »

Category: Environnement
1
2290 views

1 comment

Join the discussion

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *