Un groupe international vient de créer Asgardia, la première nation spatiale de l’Histoire. L’objectif ? Permettre l’exploration et l’exploitation “démocratique” de l’espace et protéger la Terre des dangers spatiaux, tout en s’affranchissant de toute loi ayant cours sur notre planète. Foufou.

Asgardia, la première nation spatiale, vient d’être fondée. Oui oui, national spatiale. Un groupe international composé de scientifiques, d’avocats et d’astronautes vient ainsi de poser les bases de ce projet fou. Le but ? « Démocratiser l’espace » et créer « un bouclier protecteur de l’humanité contre les dangers et menaces spatiales à la vie sur la terre, qu’ils soient d’origine humaine ou naturelle, comme les débris spatiaux, radiations solaires, collisions d’astéroïdes, etc. »

N’ignorant pas que la NASA ou l’Agence spatiale européenne se chargent déjà de ces prérogatives (sans garantie d’efficacité absolue), la future ville flottante se veut indépendante. Car « les agences et États existants ne représentent que leurs intérêts, non ceux du monde. Et seuls quelques pays dans le monde possèdent de telles agences spatiales » annonce un communiqué. L’idée principale du projet est de fournir cette « protection de la Terre » par un satellite géant qui sera lancé en 2017/2018 (pour les « 60 ans du premier Sputnik »). Après cela, cette cité spatiale sera un lieu ou « les gens pourront vivre, travailler et avoir leurs propres lois et règles » a annoncé un des fondateurs au site Business Insider.

vaisseau-asgard

Les fondateurs, justement (retrouvez la liste sur le site de Business Insider) sont regroupés autour d’Igor Ashurbeyli, chercheur, scientifique et businessman russe qui a notamment fondé le Aerospace International Research Center (AIRC). Autour de lui, spécialistes du droit spatial, chercheurs et directeurs d’université. L’initiative se veut donc quelque peu sérieuse. Aussi sérieuse que la demande d’adhésion à l’ONU d’ores et déjà envoyée et les formulaires de demande de citoyenneté asgardienne que chacun peut remplir. (À l’heure où nous écrivons ces lignes, il existe “officiellement” 28 000 Asgardiens). Et vous ?

Asgardia a pour ambition de créer son propre cadre juridique afin de permettre l’exploitation (“pacifique”) de l’espace sans être contrainte par les lois terrestres. La cité flottante, inspirée de la mythologie scandinave entend ainsi contourner l’Outer Space Treaty, seul cadre juridique international en vigueur concernant l’espace.

Bien sûr, il y a quelques petits points à travailler (des détails), comme notamment les moyens technologiques à mettre en œuvre pour arriver au résultat escompté. Là encore Asgardia souhaite son indépendance, mais Igor Ashurbeyli estime tout de même qu’au départ il aura besoin de la coopération d’autres États terrestres.

Toute ceci reste donc bien évidemment très flou et assez loin de considérations concrètes. Mais les avancées technologiques considérables, le regain d’intérêt pour le spatial ou les volontés de colonisation de Mars et d’exploitation minière d’astéroïdes semblent indiquer que le concept de “nation spatiale” n’est peut-être pas si loin de nous que nous ne voudrions le penser.

Une idée farfelue, mais pas impossible

Évidemment, l’initiative peut faire sourire, mais elle soulève aussi un nombre important de questions. A-t-on vraiment le droit de créer une nouvelle nation spatiale ? Quel sera son territoire ? Et donc, comment décider à qui appartient tel morceau d’espace ? Qui édite les lois asgardiennes ?

Ces questions ne relèvent pas autant de la science-fiction qu’on pourrait le penser. Jusqu’à maintenant le droit spatial restait extrêmement flou en raison d’une certaine forme d’inaccessibilité. Mais les avancées technologiques et le sentiment que l’on touche du doigt, plus que jamais, le voyage spatial ont poussé les États, États-Unis en tête, à revoir leur droit. On a donc vu récemment le président Obama donner son feu vert à l’exploitation minière d’astéroïdes. Suivi quelques semaines plus tard par… le Luxembourg.

Les entreprises américaines peuvent désormais acheter l’espace

Dans les colonnes du très sérieux Guardian, Christopher Newman, expert en droit spatial à l’Université de Sunderland, évoque justement ce trou noir géopolitique que représenterait une telle initiative. L’état de nos connaissances et de notre maîtrise de l’espace ont considérablement évolué depuis l’Outer Space Treaty, qui date des années 60. Newman estime à demi-mot que ce dernier peut rapidement devenir obsolète. Il ajoute ensuite qu’il attend de voir ce que va donner la demande d’Asgardia d’être reconnu par les Nations-Unies. « Cela promet des développements passionnants, cela sera très intéressant de voir comment [la requête d’Asgardia] évolue. Ils rencontreront des obstacles considérables en matière de droit international spatial. mais ce qu’ils demandent représente une refonte complète du cadre législatif actuel que nous connaissons sur l’espace ».

En attendant de voir comment cela évolue, vous pouvez d’ores et déjà faire la demande de citoyenneté asgardienne. Et, si vous souhaitez vous impliquer plus encore, proposer votre propre logo, drapeau ou même hymne national asgardien.

Pour aller plus loin :

Bienvenu à Asgardia, la nouvelle nation spatiale

Category: Espace
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