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Barack Obama a signé fin novembre une loi autorisant l’exploitation de gisements miniers se trouvant sur les astéroïdes. Un changement de doctrine loin d’être anodin.

La semaine dernière, les États-Unis ont relancé le vieux débat de la privatisation de l’espace. « Le Commercial Space Launch Competitiveness Act modifie la loi actuelle concernant l’industrie de vols habités commerciaux ; étend l’autorisation d’utilisation de la Station spatiale internationale jusqu’au 30 septembre 2024 et autorise l’exploration commerciale et la récupération de ressources spatiales », indique la Maison Blanche dans son communiqué.

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Si elle s’inscrit dans la droite lignée de la conquête du Far West ou de la destinée manifeste, cette loi risque de se heurter frontalement à l’accord tacite auquel souscrit… le reste du monde. Depuis le judicieusement nommé Traité de l’espace de 1967, signé en pleine guerre froide, la quasi-totalité des États considère l’espace comme propriété de l’humanité (même si les États-Unis n’ont pu s’empêcher de savourer leur victoire en plantant leur drapeau sur la Lune deux ans plus tard). Ce texte pourrait donc être considéré comme une violation des traités internationaux. Mais il s’appuie sur un flou juridique international. S’il est établi qu’aucun État ne peut être propriétaire d’un astéroïde (ni de la Lune), rien ne fait état des ressources qu’il contient.

2017 : premiers tests des industriels américains

Dans les starting-blocks depuis de nombreuses années déjà, le secteur privé américain a évidemment accueilli la nouvelle. Les entreprises comme Deep Space Industries et Planetary Resources (financée, entre autres, par Larry Page et Eric Schmidt, fondateur et PDG de Google, décidément toujours dans les bons coups) estiment que les premiers tests et envois de satellites débuteront dès 2017.

Eric Anderson, cofondateur et coprésident de Planetary Ressources voit dans ce texte « la première grande reconnaissance des droits de propriété dans l’histoire. Ce projet de loi établit le même cadre légal qui a créé les grandes économies de l’histoire, et encourage le développement durable de l’espace ». Quant à son associé

« Dans 100 ans, l’humanité se souviendra de cette période de l’Histoire comme le moment où nous nous serons implanté de façon permanente dans l’espace ». Peter H. Diamandis, co-fondateur de Planteray Ressources

Deep Space Industries n’hésite pas à parler de cette loi comme le point de départ d’une « économie post-terrienne ». Une façon polie de parler de l’ouverture d’un marché au potentiel infini et à la régulation inexistante, diront les mauvaises langues. Car si les chiffres sont bien sûr difficiles à estimer et que la rentabilité de telles actions est encore contestée, certains parlent d’un marché de plus de mille milliards de dollars.

2035 : des mineurs de l’espace ?

Bien sûr, l’idée d’envoyer des équipes se balader sur des astéroïdes (oui, comme dans Armageddon) se heurte encore aujourd’hui à quelques menus détails techniques. Mais maintenant que la machine est lancée, les choses vont s’accélérer selon Jean-Paul Fritz, écrivain et journaliste scientifique :

« Nous ne sommes pas encore au stade où il va y avoir des mineurs humains sur les astéroïdes, et il n’y en aura probablement pas avant 10 ou 20 ans. Les premiers engins qui ramèneront du platine et autres métaux rares seront très vraisemblablement des robots.Mais ensuite, si l’on veut développer cette industrie, il faudra envoyer des humains. Ils ne ressembleront pas aux « gueules noires » d’antan, mais je parierais que nous verrons des « mineurs de l’espace » avant même les premières missions habitées vers Mars ».

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Interrogé par Nom de Zeus, Xavier Pasco, spécialiste de l’espace à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), estime quant à lui que ce genre d’initiative a très peu de chances de voir le jour. « S’il y a une vraie opportunité de dégager des bénéfices avec le forage sur des astéroïdes, on peut faire confiance aux entreprises américaines pour s’engouffrer dans la brèche. Mais de ce que l’on sait c’est très loin d’être le cas. De manière générale, je n’adhère pas vraiment à l’idée de « commerce interstellaire », aux mines sur des astéroïdes sur Mars ou je ne sais où. C’est assez irréaliste ». D’autant que certaines études estiment que très peu d’astéroïdes accessibles sont exploitables.

On comprend mieux pourquoi la NASA s’entraîne à « capturer des astéroïdes ».

Pour aller plus loin :

  • Le privé dans la course aux étoiles. Sur France Culture

Les entreprises américaines peuvent désormais acheter l’espace

Category: Espace
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