Village lunaire

En ce début d’année 2016, l’Agence spatiale européenne a réactivé le vieux projet de colonisation de la Lune. En prévoyant d’y installer un « village » imprimé en 3D, l’Agence laisse également entrevoir le projet de « station essence » vers Mars.

Fin décembre, 200 scientifiques et ingénieurs ont conclu qu’une base sur la Lune pourrait être une réalité dans la prochaine décennie. Cette dernière serait construite par de gigantesques imprimantes 3D et sera destinée à l’habitat. L’idée était dans les tuyaux depuis quelques années déjà, mais elle a pris une tournure plus concrète avec la feuille de route 2020-2030, de l’Agence spatiale européenne (ASE/ESA) parue début janvier.

Début de la construction prévu pour 2020

L’ASE a annoncé le mois dernier, lors de son Symposium international sur la Lune de 2020 à 2030, aux Pays-Bas, que la construction de cette base lunaire habitée pourrait commencer dans les 5 ans. Dans leur nouvelle feuille de route oubliée en 2016, l’Agence explique qu’il lui faudra séparer les missions automatisées et humaines. Ainsi, des robots seront envoyés dès 2020 sur la Lune pour commencer la construction des premières installations. Puis suivront les missions habitées.

Cette base lunaire devra être construite près du pôle Sud (voir vidéo, en anglais) de la Lune où il y a un ensoleillement quasi-permanent. Des missions de reconnaissance du meilleur site sont d’ailleurs planifiées d’ici 2020, en coopération avec l’agence spatiale russe Roscosmos.

Mais comment construit-on une base sur la Lune, qui plus est avec des imprimantes 3D ? Dès 2013, l’ASE s’est associée à des cabinets d’architectes comme Foster&Partners ou la société de construction Monolite afin d’étudier la faisabilité du projet. Il a alors été établi qu’il serait plus efficace d’utiliser les matériaux sur place (notamment la poussière lunaire) pour la construction de bâtiments et d’autres structures, que de ramener des ressources de la Terre.
Enrico Dini, le fondateur de la société Monolite expliquait alors que cette poussière serait « le “papier” avec lequel nous pouvons imprimer. Ensuite, pour notre “encre” structurelle, nous appliquons un sel de liaison qui convertit la matière de manière semblable à une pierre solide. Notre imprimante actuelle construit à un rythme d’environ 2 mètres par heure, tandis que notre conception de la prochaine génération devrait atteindre les 3,5 mètres par heure, finalisant un bâtiment entier en une semaine ».

Le résultat donnerait une structure futuriste en forme de dôme, résistant aux micrométéorites, aux radiations solaires et totalement pressurisée.

Dome lunaire

Dome lunaire-coupe

Ce « village lunaire » permettrait d’une part de déterminer si la Lune recèle bien des ressources précieuses et d’autre part de donner une idée plus précises aux humains de ce qui les attend s’ils souhaitent s’établir sur la planète rouge.

2030 : station essence pour Mars

Car un des objectifs à long terme est bien d’explorer et tenter de la vie sur Mars. Kathy Laurini, coordinatrice de la feuille de route de la NASA pour l’exploration spatiale et présente au Symposium, ne cache pas cet objectif : « la stratégie d’exploration de l’Agence spatiale européenne place la Lune comme une destination prioritaire pour l’Homme sur la route de Mars. C’est le bon timing », ajoute-t-elle.

Un excellent timing, même, si l’on considère l’étude du MIT (Massachusetts Institute of Technology) d’octobre 2015. Cette dernière a en effet estimé que la Lune était la “station essence” la plus stratégique pour une mission habitée vers Mars. « Un détour par la Lune pour faire le plein d’essence réduirait de 68% la masse de lancement des missions vers Mars » précise l’institut.

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Ce village lunaire serait donc une aubaine pour la NASA. D’autant que le poids et la consommation du carburant est un des principaux obstacles à un voyage vers la planète rouge. Argument supplémentaire : le cabinet de conseil de la NASA, NextGen Space LLC, a estimé qu’envoyer « une station-service en orbite autour de la Lune pourrait réduire de 10 milliards de dollars par an le coût d’un éventuel envoi sur Mars d’humains par la NASA ».

Alors que la NASA et l’administration Obama ont abandonné la Lune et comptent se désolidariser de la Station Spatiale Internationale entre 2025 et 2030, cette initiative européenne tombe donc à pic. Toutefois, la coopération spatiale internationale semble toujours aussi fragile, même si l’ASE espère que ce projet sera l’occasion de « déployer des efforts multilatéraux, du secteur privé comme des institutions nationales ». Car ce projet de base lunaire a déjà été envisagé par l’agence américaine, et risque de venir directement concurrencer les projets lunaires chinois, japonais, voire coréens.

Pour aller plus loin :

  • The symposium, sur le site de l’Agence spatiale européenne
  • How to build a lunar colony, sur le site Space.com
  • Une précédente vidéo de l’ASE présentant le projet comme imaginé en 2014 :
  • Hommage

 

L’Europe va imprimer une base 3D sur la Lune d’ici 2030

Category: Espace
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1 comment

  • […] Pendant qu’on est là à se pâmer sur la micro-histoire politicienne locale, il s’en passe de belles dans l’espace. Du coup, les fleurs se rebellent et tentent de reprendre le (ground) contrôle (to Major […]

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