armee du futur

Le soldat du futur sera-t-il fidèle à la très hollywoodienne image de Robocop ou Terminator ? Pas vraiment. Si le secteur militaire vit pleinement les innovations liées au numériques, et plus généralement aux NBIC, il semblerait que dans ce domaine là aussi, le solutionnisme technologique veuille faire passer des vessies pour des lanternes… Petit retour sur une conférence donnée sur le sujet dans le cadre des Mardis de l’innovation.

Le soldat du futur ne meurt pas à la guerre

Quel programme. Pour Jean Baptiste Colas, conseiller militaire à la Direction Générale de l’Armement (DGA), le futur rime avec impressions 3D, nano-satellites et missiles hypersoniques. Le théâtre d’opérations lui, abandonne son lyrisme et nous lègue un très à la mode « champs de bataille 3.0 »  qu’on imagine déjà peuplé de robots militaires autonomes et autres soldats augmentés.

Les mots d’ordre de l’innovation militaire sont à peu près le même que dans n’importe quelle entreprise du CAC40 : agilité, mobilité, ouverture sur le monde. Au menu : big data, réalité virtuelle, intelligence artificielle. Mais au-delà des technologies, le soldat du futur doit être ce personnage léger, informé et protégé qu’on enverra ne pas mourir à la guerre. En effet, la guerre du futur, c’est celle qui fait zéro mort. Et c’est bien ce mouvement culturel et historique qu’accompagnent les myriades de technologies qu’arboreront (peut-être) nos fantassins pour éloigner le risque au maximum. Illustration avec la smart-bullet, la balle qui change sa route pour toucher sa cible :

En outre, le soldat du futur sera suivi en permanence, probablement équipé de bio-senseurs et élégamment camouflés sous des « capes d’invisibilité ». Il pourra voir, sentir à des kilomètres, peut-être même piloter un drone par la pensée. Si le futur a des airs d’Harry Potter, la réalité rejoint parfois la science-fiction : déjà on teste des implants dans des soldats pour suivre leurs constantes, toute ressemblance avec un épisode de Black Mirror étant évidemment fortuite.

« Le soldat du futur c’était mieux avant » 

Pour l’historien Michel Goya, la réalité est un peu plus nuancée. En rembobinant nos rêves de quelques décennies seulement, on réalise à quel point les visions du futur sont toujours le produit d’un contexte : en 1956, on s’imaginait un militaire se nourrissant de pilules dans une ambiance de guerre nucléaire (cela étant dit, les projections prévoyait tout de même un poche spéciale pour les cigarettes : autre temps, autres mœurs). C’était la grande période de l’atome, et celle d’aujourd’hui est probablement dévolue à la Data : nous ne sommes à l’abri d’aucun biais du moment.

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Soldier of the Futurarmy, 1956 (source : ausa.org)

Sur son blog La voie de l’épée, Michel Goya fait une description de ce soldat du futur antérieur, imaginé par le lieutenant colonel Rigg. Une image du combattant du futur alors très partagée, notamment dans Starship Troopers (1959), et dans bien d’autres films et feuilletons d’espionnage de l’époque :

Le lieutenant-colonel Rigg, revenons à lui, décrit dans son article un homme bardé d’une armure et d’un casque fait d’un mélange d’acier et de plastique. Ce soldat dispose d’un masque à gaz, il est protégé des flashs des explosions atomiques par des lunettes noires qui se mettent en place avec un bouton sur son casque intégral et ne craint pas les pluies radioactives grâce un imperméable en plastique transparent. Il peut creuser des trous pour se protéger avec un « petit bazooka ». Il est capable de communiquer avec ses voisins avec une radio intégrée à son casque et peut voir la nuit grâce à des lunettes à infrarouge. Détail intéressant, l’auteur ajoute que grâce à cette vision nocturne « ce sera le coup de grâce pour la guérilla communiste dans la jungle » comme s’il s’agissait seulement d’un problème de camouflage..

Le futur recélerait d’un certain nombre de fantasmes, notamment alimentés par la science-fiction, d’autres par des industriels prêts à tout pour remporter ce juteux marché. Un prisme d’autant plus critiquable que la majorité des innovations militaires ne sont pas d’ordre technologique : l’invention du groupe de combat par exemple (première guerre mondiale), est une innovation culturelle qui a révolutionné la manière de guerroyer.

Ainsi, si la technologie fait dans le sensationnel, il faut bien dire qu’on s’entiche parfois pour des choses peu utiles. Les phalanges (tardives) en sont une bonne illustration : habituées à ne se battre qu’entre elles, elles augmentent la longueur de leurs lances au fur et à mesure des combats. Les sarisses (piques de plus de sept mètres) finissant par peser lourd, elles rendent la phalange rigide, les légions romains n’en feront qu’un bouchée…

La phalange macédonienne

« On surestime le rôle de la technologie » 

Outre les problèmes de poids des équipements et d’alimentation en énergie des différents appareils du soldat, c’est surtout la réalité du combat qui conditionne l’usage ou non de technologies avancées. Si la réalité virtuelle par exemple, peut préparer un soldat avant l’épreuve du feu grâce à l’immersion, et si la réalité augmentée peut l’informer par superposition d’informations sur une carte ou un paysage, tout surplus d’information ne saura être traité en période de stress (assez fréquent chez un soldat…). A partir de 140 pulsations par minutes, un écran tactile ne vous servira strictement à rien.

Pour Emmanuel Chiva, du Groupement des industries Françaises de Défense et de Sécurité Terrestres et Aéroterrestres (GICAT), « on surestime le rôle de la technologie ». Le soldat n’aura rien de Robocop, quand on voit que les lunettes de soleil sont considérées comme irrespectueuses les populations de certains pays arabes, on imagine mal voir se balader des G.I en exosquelettes et bardés d’électroniques. Qui plus est, les grandes innovations donnent parfois lieu à des flops encore plus monumentaux. Le robot Big Dog par exemple (Boston Dynamics), a été abandonné car il faisait le bruit d’une tondeuse à gazon, pas très discret.


Enfin, si la technologie a le mérite de rassurer le soldat, elle ne fait pas le moral des troupes, ni ne fait disparaître l’ennemi, surtout quand il voue un culte à la mort, alors même que nos gadgets sont là pour… nous empêcher de mourir. Bref, les soldats du futur ne seront pas des Robocop, mais peut-être juste quelques hommes prêts à tout et armés de quelques antédiluviennes Kalachnikov.

Cet article a été écrit initialement sur l’excellent blog Mais où va le web et est republié ici avec l’aimable autorisation de son auteur.
mais ou va le web

Pour aller plus loin :

“Le soldat du futur n’aura rien à voir avec Robocop“

Category: Robotique
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