bras bionique

Le professeur en robotique Robert Riener est également le créateur du premier Cybathlon, série d’épreuves réservées aux personnes handicapées et « augmentées » par les technologies de pointe. Présent en France à l’occasion du festival Futur en Seine, il a répondu aux questions de Nom de Zeus.

Qu’est le Cybathlon et quel est le but d’une telle compétition ?

Robert Riener : Le Cybathlon est une compétition pour les personnes ayant un handicap moteur utilisant des technologies robotiques pour concourir. Je l’ai créé pour promouvoir le développement de la technologie fonctionnelle et utile, afin qu’elle soit utilisée pour la vie quotidienne. Ainsi les épreuves sont liées aux activités de la vie quotidienne. Je ne dirais pas qu’il s’agit uniquement d’une compétition sportive, mais plutôt un défi permettant aux personnes handicapées de montrer leurs compétences et performances lors de l’utilisation des technologies de pointe. Nous appelons les concurrents «pilotes», parce qu’ils contrôlent les dispositifs qui leur permettent de se déplacer.

Les différentes disciplines sont présentées au bas de cet article ou sur le site du Cybathlon (en anglais).

Peut-on faire un rapprochement entre le Cybathlon et les Jeux Paralympiques ? Quelles sont les différences entre les deux compétitions ?

Il y a des similitudes, puisqu’il s’agit de deux compétitions de personnes handicapées. Toutefois, je dirais que les différences sont :

  • Le Cybathon autorise tout type de technologies modernes, tant qu’elle est sûre et fonctionnelle
  • Nous incluons donc des personnes touchées par des handicaps plus sévères, ne pouvant pas déplacer manuellement un fauteuil roulant, par exemple
  • Contrairement aux Jeux Paralympiques, où il faut « seulement » être le plus fort et le plus rapide, nos pilotes effectuent des tâches quotidiennes. Ils doivent donc prouver leurs aptitudes et faire preuve de stratégie pour cela.

Parmi les technologies mises en avant pour le Cybathlon, lesquelles vous semblent les plus prometteuses ?

Je dirais que la course BCI [Brain-Computer Interface] et la course via exosquelettes présenteront les technologies les plus avancées et présentant la tendance la plus importante à être commercialisées dans les années à venir.

Le Cybathlon est-il voué à devenir une compétition régulière ? D’autres Cybathlons sont-ils en préparation ?

Oui, c’est la première compétition de ce style, de cette taille et avec autant de disciplines. Nous avons enregistré Cybathlon en tant que marque et désormais de nombreuses institutions gouvernementales et associations nous demandent s’ils peuvent organiser leurs Cybathlons. À l’avenir nous continuerons à organiser l’évènement principal à Zurich mais il y aura de nombreux évènements satellites un peu partout dans le monde.

Pour l’instant, la technologie est plutôt utilisée pour la réhabilitation physique, pour « réparer un membre défectueux » par exemple, mais peut-elle être utilisée pour l’augmentation ?

Bien sûr, c’est le cas de nombreuses technologies, comme mon smartphone, ma voiture ou même mes chaussures de sport. Les frontières entre réhabilitation et augmentation sont de plus en plus poreuses.

[Dans nos colonnes, le chercheur Raja Chatila explique les différences entre réhabilitation et augmentation.]

 

Quand on entend cyborgs, on pense tout de suite science-fiction. Quelles sont les parts de mythes et de réalité ?

Je ne vois pas ça comme un mythe. Des pièces techniques peuvent être ajoutées sur notre corps, voire dans notre corps et remplir des fonctions vitales de d’amélioration, comme les pacemakers ou implants cochléaires. Tant que les technologies utilisées sont sûres, que leur implantation ne représente pas de danger et qu’elle apportent un réel bénéfice au patient, il n’y a rien de mal à être un cyborg ! Évidemment, ça devient critique si les choses sont faites contre l’avis des gens, en leur faisant par exemple de fausses promesses ou si les technologies deviennent trop invasives ou dangereuses.

Depuis la médiatisation d’athlètes comme Oscar Pistorius ou Markus Rehm, tout le monde semble attendre qu’un athlète cyborg ait de meilleures performances qu’un athlète valide.

Cela arrivera très certainement. Mais ça prendra beaucoup plus de temps que la plupart des gens ne le pensent. Il ne faut pas oublier que Pistorius court très vite mais ne peut pas monter d’escaliers ou conduire une voiture avec ses prothèses de compétition. Et Rehm va se déplacer de façon étrange et claudicante s’il veut simplement marcher avec sa prothèse de saut. Ce que je veux dire, c’est que nous ne savons faire des appareils destinés à effectuer UNE tâche spécifique. Et même si cette tâche est très bien effectuée, ces appareils ne peuvent la plupart du temps pas être utilisés pour toutes les autres tâches.

Du coup, on se demande si un jour des athlètes valides choisiront d’être augmentés.

Bien sûr, pourquoi pas ? Tant que la technologie est sans danger, qu’elle ne provoque ni douleur ni dysfonctionnement et qu’ils ne perdent pas de partie de leur corps. Car personne ne se fera volontairement couper la jambe pour utiliser une prothèse dernier cri. L’augmentation doit être vue comme un outil. De la même manière que je me déplace plus vite en roller ou en voiture, que je vois plus loin avec un télescope, etc.

cybathlon

Dans nos colonnes, l’historien du sport Patrick Clastres a imaginé que la frontière entre Jeux Olympiques Paralympiques serait abolie d’ici la fin du siècle.

J’aime beaucoup cette idée ! Mais en réalité nous pourrions tout à fait d’ores et déjà fusionner les deux. il suffirait d’ajouter des critères et sous-critères. Les compétitions sont différentes pour les hommes et les femmes, pour les catégories de poids etc. Nous pourrions ajouter avec une jambe ou deux, avec une colonne vertébrale valide ou non et ainsi de suite. L’essentiel serait de réunir toutes les compétitions dans un seul et même évènement.

Les Jeux Olympiques de 2096 n’auront pas lieu

À l’heure actuelle, les technologies mises en avant lors du Cybathlon ne sont pas accessibles à tout le monde.

C’est vrai, tout ça coûte encore très cher. Mais il faut continuer à les développements et à les faire découvrir au grand public. Plus ces dispositifs seront reconnus et acceptés, plus ils seront produits, ce qui réduira les prix à long terme. Nous devons repousser les limites et toujours prévoir de nouvelles technologies. À terme, de plus en plus d’appareils deviendront accessibles. Les appareils autrefois nouveaux et coûteux sont sans cesse repoussés par la technologie, et deviennent de cette façon moins chers et plus accessibles. Et ce de plus en plus rapidement.

Quelles sont vos plus grandes attentes en matière de robotique dans les années à venir ?

J’attends surtout de nouvelles idées et une collaboration plus étroite entre les équipes de développement et de conception et les pilotes, les personnes ayant un handicap. C’est le seul moyen pour que la technologie colle parfaitement aux besoin et exigences des patients. Il faut que les équipes techniques aient des renseignements plus précis sur les publics à qui leurs produits vont s’adresser.

J’espère également que la technologie de pointe sera disponible et abordable pour tout le monde.

J’ai confiance en l’avenir. Je crois qu’avec ces avancées, nous ne ferons bientôt plus la distinction entre les personnes handicapées et les personnes non handicapées. Nous considérerons seulement des gens différents. Certains utiliseront une technologie de pointe pour s’augmenter, d’autres non. La diversité n’en sera que plus grande.

Les épreuves :

Disciplines

  • Épreuve pour quadriplégiques : baptisée BCI (brain computer interface), cette compétition permet à des athlètes tétraplégiques de piloter, par la pensée, leurs avatars lors de courses virtuelles sous la forme de jeux vidéo.
  • Course cycliste : pour les participants souffrant de lésions de la moelle épinière, cette course cycliste sur une piste dont le tour mesure 200 mètres se déroule à bord d’un vélo couché doté d’une assistance à stimulation électrique.
  • Épreuve destinée aux athlètes amputés d’avant-bras. Il faudra avec leur membre bionique déplacer le plus rapidement possible un anneau le long d’un câble suivant un parcours, sans jamais toucher ce câble. Une seconde épreuve consistera à manipuler des objets et accessoires de différentes formes de façon précise.
  • Épreuve d’athlétisme : pour les amputés des jambes appareillés avec des prothèses robotisées, il s’agit d’une course à pied sur un parcours semé d’obstacles.
  • Course d’exosquelettes : les athlètes paralysés des membres inférieurs seront équipés d’un exosquelette leur permettant de s’affronter sur une course de vitesse parsemée d’obstacles.
  • Épreuve pour fauteuils roulants motorisés : les amputés des deux jambes, les quadriplégiques ou paraplégiques concourront sur des fauteuils roulants animés par des moteurs électriques sur un parcours doté d’obstacles et de dénivelés.

Pour aller plus loin :

Le Cybathlon, premiers Jeux Olympiques pour cyborgs

Category: RobotiqueSanté
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