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La sélection embryonnaire remplacera le sexe comme moyen de concevoir nos enfants. C’est en tout cas le scenario qu’a imaginé un chercheur américain, se basant sur nos connaissances actuelles en génétiques, l’avancée des travaux dans ce domaine et les principales tendances.

Parmi les prévisions sympa/rigolotes/flippantes/rayer les mentions inutiles que peut nous réserver l’avenir, certaines concernent notre reproduction. Thème récurent de la science-fiction, de Bienvenue à Gattaca à Matrix, l’idée selon laquelle nous ne nous reproduirons plus de manière classique (à savoir, pour ceux qui ont besoin d’un dessin : faire l’amour, attendre neuf mois, accoucher, avoir un enfant) pourrait bien ne plus être si éloignée de la réalité dans les années à venir.

D’ici 20 ans, la sélection embryonnaire aura remplacé le sexe

« La reproduction humaine est sur le point de subir un changement radical. La sélection embryonnaire, via la fécondation in vitro, va aider notre espèce à éliminer de nombreuses maladies génétiques, à prolonger la durée de vie et améliorer notre santé. D’ici 20 ans, je prédis qu’elle va supplanter le sexe comme façon dont nous concevons nos enfants » indique Jamie Metzl, spécialiste en ingénierie génétique et écrivain, sur le site américain Quartz.

Mais « si la Révolution de la sélection embryonnaire fera énormément de bien, elle soulèvera des questions éthiques épineuses sur la diversité, l’égalité et le sens même de notre humanité. Questions auxquelles nous sommes terriblement mal préparés », ajoute-t-il.

L’auteur s’appuie sur les avancées phénoménales faites en génétiques « depuis 1978, l’année où Louise Brown, le premier bébé-éprouvette est né en Grande-Bretagne ». Désormais, souligne-t-il, plus d’un millier de maladies génétiques, dont la mucoviscidose, la maladie de Huntington, la drépanocytose ou la myopathie peuvent être dépistées par la méthode de diagnostique préimplantatoire (DPI), « et la liste ne cesse de s’agrandir. Tenant compte de ces informations, les parents pourront alors choisir les embryons non porteurs de ces gènes ».

À l’avenir, de nombreuses maladies génétiques seront considérées comme des choix évitables des parents plutôt que de la malchance.

Ça ne vous rappelle rien ?

Évidemment, impossible de ne pas penser à Bienvenue à Gattaca, aux dérives eugénistes ou aux bébés parfaits rêvés par les nazis. L’auteur n’esquive pas ces problématiques et estime que la sélection embryonnaire sera loin de faire l’unanimité… dans un premier temps. « De nombreuses personnes n’opteront pas pour la conception assistée en laboratoire pour des raisons religieuses, idéologiques ou économiques. Mais à terme, avoir des enfants via la fécondation in vitro et la sélection embryonnaire deviendra la norme pour les parents de tout âge, quelles que soient leurs prédispositions génétiques ».

Heureusement, « nous continuerons à faire l’amour pour d’autres merveilleuses raisons que l’on connait, mais pas pour faire des enfants ». Ouf, nous voilà rassurés.

Une révolution déjà en marche

Jamie Metzl rappelle que d’ores et déjà, « de nombreuses juridictions, aux États-Unis, au Mexique, en Italie ou en Thaïlande autorisent les parents à choisir le sexe de leurs futurs enfants ». Aux États-Unis, cette pratique représente d’ailleurs un business extrêmement lucratif et en constante augmentation. Et nous n’avons encore rien vu, estime l’auteur. « Le DPI n’en est qu’à ses débuts. Comme de plus en plus en de gens auront accès à l’intégralité de leur génome, point essentiel de la future médecine personnalisée, les scientifiques seront capables de détecter et scanner des modèles génétiques et épigénétiques beaucoup plus complexes comme l’épilepsie ou le diabète de type 1 ».

Et puisque « les techniques de DPI vont s’améliorer et que le nombre de maladies qu’il préviendra va augmenter, je prévois qu’un nombre croissant de parent choisiront spontanément la reproduction assistée pour concevoir leurs enfants », ajoute-t-il.

 

 

Des risques connus, mais acceptés

L’auteur estime par ailleurs que cette « révolution » posera des problèmes d’équité. Tout le monde n’y aura effectivement pas accès. « Ces procédés coûtent actuellement jusqu’à 20 000$ aux États-Unis. Et dans les pays les plus pauvres, ils ne seront pas disponibles du tout ». Mais il estime que, comme souvent, « si ces procédés deviennent largement acceptés, les prix baisseront, comme leur accessibilité ».

Par ailleurs, ces méthodes « ne sont pas sans risques, souligne l’auteur. L’extraction d’ovule peut être extrêmement douloureuse,voire dangereuse pour les femmes. Puis les embryons peuvent être endommagés ou ne pas survivre à la congélation embryonnaire. […] Et une étude préliminaire du Journal of the American Medical Association (JAMA) a suggéré que les enfants nés de fécondation in vitro pouvaient être plus sujets à des malformations de naissance ». Si cette étude venait à être confirmée, nous serions donc loin du résultat escompté…

Mais ces risques sont connus, n’empêcheront pas la population de choisir la sélection embryonnaire si elles le souhaitent. « La question ultime pour les futurs parents ne sera pas de savoir si la fécondation in vitro ou le DPI présentent des risques, mais si ces risques sont plus ou moins importants que ceux encourus en concevant des enfants de manière classique ».

Si les risques deviennent minimes et que ces méthodes permettent de prévenir de nombreuses maladies, alors nous choisirons volontairement la sélection embryonnaire. Pour Jacques Testart, biologiste à l’origine du premier bébé-éprouvette en France en 1982, c’est justement cet acte volontaire qui présente un risque de dérive.

Jamie Metzl ne décrit d’ailleurs pas ce futur comme particulièrement souhaitable, mais plutôt inévitable. « Ce nouveau monde de reproduction assistée aura bien sûr de quoi effrayer beaucoup de gens. Et de nombreux individus, groupes et pays choisiront de se retirer du processus. Mais la concurrence conduira inexorablement vers la sélection embryonnaire ». Rejoignant les propos de Laurent Alexandre, l’auteur ajoute « qu’une fois que ce sera considéré comme sûr, les parents ne voudront plus que leurs enfants soient laissés de côté alors que le reste de la population voit son QI augmenter ou devient plus grande grâce à la sélection embryonnaire ».

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En suivant la même idée, Jamie Metzl estime que les États ne pourront pas plus résister à cette vague si leurs voisins optent pour le DPI. Si nous en arrivons un jour à ce point, de très nombreuses questions se poseront. « Aimerons-nous nos enfants pour ce qu’il sont ou les verrons-nous comme des produits avec des fonctionnalités optionnelles ? Comment s’assurer d’un accès équitable à ces technologies et donc éviter la création de deux types de populations ? » Pour faire face aux multiples questions posées par cette problématique, Metzl estime que « nous aurons besoin d’institutions et autorités de régulation nationales et internationales fortes pour favoriser les utilisations les plus bénéfiques de ces technologies et minimiser les risques d’abus ». D’autant que les manipulations génétiques apparaissent à de nombreux scientifiques et intellectuels, comme Stephen Hawking, comme un des dangers majeurs pour l’humanité.

L’encadrement de ces technologies est d’ores et déjà extrêmement compliqué, alors que nous sommes a priori farouchement attachés à la manière de faire les enfants « à l’ancienne ». Que se passera-t-il si nous décidons de nous orienter massivement vers une évolution génétique ?

« Qu’importe ce que nous ferons ou ne ferons pas, conclut Jamie Metzl. L’espèce humaine a déjà entamé son processus évolutif. La sélection embryonnaire n’est que le début de cette transformation. Notre avenir génétiquement modifié a déjà commencé ».

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Category: Société
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1 comment

  • Dès aujourd’hui, si l’on respecte les Droits de l’homme, n’importe qui pourrait porter plainte contre ses parents et la société complice pour avoir été contraint d’exister (et bien d’autres raisons), puisque nous sommes tous mis au monde pour servir et servons de rouage et d’esclave social (achat obligatoire de notre corps quotidiennement).

    À partir du moment où une personne pourra naitre handicapée alors qu’une autre aura été conçue sans « handicap », alors la question de ce qu’est un handicap sera posée. Personnellement, je suis né handicapé physiquement par rapport à mes 25 ans et aujourd’hui à 68 ans je suis à nouveau handicapé physiquement par rapport à ces mêmes 25 ans. Mais à 25 ans j’étais intellectuellement handicapé par rapport à mes 60 ans et je vais probablement bientôt le redevenir intellectuellement. Il est bien possible que je sois le premier à porter plainte contre la société pour esclavagisme et complicité de mise en danger sur ma personne et sur quelques milliards d’autres. Si une plainte collective vous tente, n’hésitez pas à me précéder!

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