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Le sommeil de l’être humain a évolué avec son histoire. Nous dormons moins que nos ancêtres et sûrement plus que les générations futures, grâce à la technologie. Aux États-Unis, certains songent à considérer le sommeil comme une maladie. Et en cherchent donc le remède. Petit tour d’horizon des dodos de demain.

Nous passons environ un tiers de notre vie à dormir. Mais nous avons sûrement mis des millénaires pour arriver à un temps de sommeil si « réduit » à en croire l’Université de Duke, présente au forum de Davos. Ces scientifiques ont prouvé que les humains dorment « plus efficacement » que les autres primates, et que cela est dû à leur évolution. Après avoir analysé le sommeil de 21 espèces, ils ont constaté que les humains avaient besoin de deux fois moins de sommeil que la plupart des primates, soit environ sept heures par nuit (les lémuriens dorment entre 14 et 17 heures par nuit, et les chimpanzés 11,5 heures). Pourquoi dort-on moins ? Parce que l’on dort mieux.

Nous avons (a priori pour la plupart d’entre nous) cessé de dormir dans les arbres. Nous avons appris à dormir sur le sol, puis à construire des maisons pour finalement dormir dans des lits douillets. Cette évolution nous permet de dormir désormais plus profondément. Nous atteignons le sommeil paradoxal plus rapidement et sommes donc plus reposés. La plupart des autres mammifères connaissent des phases de sommeil léger beaucoup plus importantes que nous. Et selon David Samson, l’auteur de l’étude de l’Université de Duke, cette tendance va s’accentuer à l’avenir, grâces aux nouvelles technologies :

« Pendant des siècles, nous avons manipulé notre environnement, au lieu que ce soit l’inverse. Il n’y a pas de raison que nous n’ayons pas recours à la science pour aller encore plus loin dans ce sens et optimiser encore notre sommeil. Je suis persuadé qu’on trouvera des espaces de sommeil intelligents régulant la lumière et la température pendant la nuit dans toutes les maisons, dans un avenir proche ».

2035 : la technologie régulera notre sommeil

Les progrès technologiques fulgurants ainsi que la connaissance croissante de notre cerveau pourraient donc réguler notre sommeil. Pyjamas intelligents, réveils odorants ou lits connectés pourraient bien être indispensables à l’avenir. Ces gadgets serviront à étudier nos cycles de sommeil et pourront ainsi adapter la lumière, le bruit, la température ou l’odeur de notre espace de sommeil. Le but ? Optimiser ce dernier. De nombreuses entreprises sont à l’affût.

Ian Pearson, futurologue de son état, a par exemple prédit dans une étude commandée par la chaîne d’hôtels Travelodge, que tous les hôtels seront équipés de gadgets de ce type d’ici 2035. Les moniteurs de sommeil analyseront donc vos données (rythme cardiaque, respiration, température, etc.) puis les communiqueront à votre chemise de nuit connectée avant d’alerter votre « réveil intelligent » : « les réveils à cycle de sommeil mesureront l’activité électrique dans le cerveau et identifieront le meilleur moment pour réveiller le dormeur afin qu’il soit plus frais que s’il s’était réveillé au beau milieu d’un cycle de sommeil », poursuit Ian Pearson.

Le futurologue prédit également que la réalité augmentée redéfinira nos rêves (« nous apprendrons même pendant notre sommeil ») et même « notre façon de faire l’amour », indiquant que cette technologie pourra nous permettre de « choisir l’apparence physique de nos partenaires ». Sympa pour eux, mais on s’égare.

Un sommeil optimisé pour des individus plus performants

Dans le monde du travail, ces technologies commencent également à voir le jour. Des sortes « d’œufs géants » permettent ainsi aux employés des boîtes cool de la côte ouest des États-Unis comme Google ou Facebook de piquer un petit roupillon sur leur lieu de travail.

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Là encore, la lumière, le son, la chaleur ou la température de ces engins peuvent être modifiés afin d’améliorer la qualité de notre sommeil.

Évidemment, les fabricants de ces technologies n’œuvrent pas uniquement pas philanthropie et pour améliorer vos conditions de travail. MetroNaps, qui construit ce type de fauteuils, a publié une étude montrant « qu’une sieste de 15-20 minutes permet d’augmenter de 30% l’attention des employés », les rendant ainsi plus productifs. Plusieurs chercheurs ont par ailleurs estimé que ces technologies pourraient contribuer à renforcer les inégalités sociales.

2040 : guérir du sommeil

« Le sommeil est une maladie. Heureusement, dans 25 ans, les scientifiques l’auront guéri ». Zoltan Istvan est tout à fait sérieux. Dans sa tribune publiée sur Motherboard, celui qui se présente à l’élection présidentielle américaine sous l’étiquette du parti transhumaniste trouve « tragique qu’un Américain dorme en moyenne 26 ans de sa vie ». Enviant « ses amis PDG qui ne dorment que trois heures par nuit », l’ex journaliste et écrivain estime que « dans les 15 à 25 prochaines années des implants pourront stimuler directement les capacités de concentration pour nous amener à un point où nous ne dormirons pas plus de deux heures par nuit ». Ajoutant que c’est le maximum de temps perdu qu’il pourrait tolérer.

L’idée peut paraître fantaisiste, radicale ou bien d’autres choses. Mais nous pourrions pourtant en prendre le chemin. Toujours désireux d’en faire plus, d’avoir plus de temps, nous négligeons probablement notre sommeil au profit du travail. Certes l’idée d’être sans cesse éveillé et créatif peut séduire les plus hyperactifs d’entre nous. Mais pour l’heure, nombre de recherches mettent en garde, c’est bien le manque de sommeil qui nous rend malades et non l’inverse.

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À trop vouloir dormir moins, que ce soit pour travailler plus ou nous consacrer à nos loisirs, nous jouerions avec notre nature humaine.  « Le manque de sommeil affaiblit les défenses immunitaires. Il se produira un drame avant que les gens réalisent à quel point c’est important », prévient le docteur Raj Dasgupta, toujours dans Motherboard. Nous demanderons donc (peut-être) moins de sommeil. Mais nos corps risquent de ne pas être d’accord. Du tout.

Moins de 5h par nuit en 2055

Mais malgré ces critiques, la tendance à la régulation du sommeil est bien confirmée. Et avec elle la chute de notre temps de sommeil. En 2055, nous ne dormirons que cinq heures par nuit, estiment les chercheurs de l’Institute for Ethics and Emerging Technologies.

Pour Raj Dasgupta, expert en sommeil, cette évolution est déjà en marche. « Nous dormirons encore moins à l’avenir. Notre temps de sommeil décroît déjà depuis des années. Dans les années 1970, nous dormions entre 7 et 8 heures, aujourd’hui c’est entre 6 et 7. Logiquement, d’ici 40 ou 50 ans, on devrait dormir entre 5 et 6 heures. Et cela me fait peur ».

Nous avons donc mis des milliers d’années à adapter notre environnement pour améliorer et réduire notre sommeil. Or les nouveaux progrès scientifiques, qu’il s’agisse des neurosciences ou pourrait fortement accélérer ce processus, prévient-il. Des étudiants aux soldats, tout le monde cherche une astuce efficace pour moins dormir. Mais trafiquer ainsi notre biologie pourrait bien avoir des effets néfastes sur notre santé, assure-t-il.

Pour aller plus loin :

Guérirons-nous du sommeil ?

Category: Société
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1 comment

  • Super intéressant, comme toujours. A quand le « nous dormons moins, il est donc normal de travailler plus » ?

    Et puis autant carrément mettre des lits de camps dans nos open-space, on « optimisera » les temps de trajets et nous seront plus productifs !

    Il va sacrément falloir crever la bulle transhumaniste avant qu’elle nous crève… à la tâche.

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